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La parité au CNRS : des progrès modestes et des évolutions lentes

16 novembre 2012

 

Anne Pépin, directrice par intérim de la Mission pour la place des femmes au CNRSAnne Pépin

La quatrième édition du livret « La parité dans les métiers du CNRS» vient de paraître. Le document sera prochainement consultable en ligne. Volume d'une cinquantaine de pages, complémentaire au bilan social, ce document a été rédigé sous la houlette de la Mission pour la place des femmes au CNRS et de sa directrice par intérim, Anne Pépin, en étroite collaboration avec l'Observatoire des métiers et de l'emploi scientifique de la Direction des ressources humaines du CNRS qui a produit les tableaux de données.

 

Il offre une vision à la fois globale et détaillée des situations comparées des femmes et des hommes dans les effectifs, les recrutements, les promotions, les carrières, les salaires, les récompenses et ce dans toutes les catégories professionnelles. Il recense également la présence des femmes aux postes de responsabilité et dans les instances décisionnelles de l'organisme : laboratoires, services gestionnaires, comité national, conseil scientifique, conseils scientifiques des instituts, instances de gouvernance, etc.

Pour la première fois depuis sa création en 2009, le livret parité sera présenté au comité technique du CNRS.

 

Des femmes bloquées dans leur ascension

Première conclusion frappante : « les évolutions sont très lentes » relève Anne Pépin. Avec 42,4 % de femmes en moyenne, l'organisme n'a pas atteint la parité. La proportion de femmes tend même à baisser légèrement puisqu'elle était de 42,7 % en 2010 (et de 43,9 % parmi les contractuels). Ce léger recul est lié à la baisse de la proportion de femmes parmi les technicien-ne-s – catégorie dans laquelle les femmes demeurent cependant les mieux représentées (64,5 %) – qui n'est pas compensée par la très légère augmentation de la part des femmes parmi les personnels de catégorie A (ingénieur-e-s et chercheur-e-s).

Dans ces catégories, les progrès sont en effet modestes et s'opèrent à la vitesse de l'escargot. La part des femmes est ainsi passée de 41,5 % à 44 % chez les personnels ingénieurs et de 30,1 % à 32,5 % chez les personnels chercheurs entre 1999 et 2011. Nulle surprise donc que les courbes ressemblent à des encéphalogrammes plats.

Deuxième conclusion : « Plus on monte dans la hiérarchie, moins on trouve de femmes » résume Anne Pépin. Le fameux « plafond de verre », obstacle invisible mais réel qui empêche les femmes de progresser, reste marqué. Qu'elles soient chercheuses ou ingénieures, les femmes sont bloquées dans leur ascension. Qu'on en juge : alors que l'on compte 38 % de femmes parmi les CR1 (chargé-e-s de recherche 1ère classe), elles ne sont plus que 29 % parmi les DR2 (directeurs/trices de recherche 2ème classe). Vu sous l'angle de l'âge, ce blocage se traduit également par une proportion de femmes supérieure à 46  % parmi les chargé-e-s de recherche de 45 à 54 ans. À cet âge, leurs homologues masculins ont été promus directeur de recherche en plus grande proportion. En 2011, les hommes accèdent ainsi à 44 ans en moyenne au grade de DR contre 47 ans pour les femmes.

 

Fortes disparités entre les disciplines

Et par discipline scientifique ? La moyenne de 32,5 % de femmes parmi les chercheur-e-s masque des disparités fortes entre les instituts du CNRS. Le taux de féminisation dépasse 40 % à l'institut des sciences biologiques (INSB) et à l'institut des sciences humaines et sociales (INSHS), tourne autour d'un tiers à l'institut des sciences de l'univers (INSU), l'institut de chimie (INC) et l'institut écologie et environnement (INEE) tandis qu'il représente moins d'un quart ou juste un quart des effectifs à l'institut des sciences mathématiques et de leurs interactions (INSMI), l'institut de physique (INP), l'institut des sciences de l'ingénierie et des systèmes (INSIS) et l'institut de la physique nucléaire et de physique des particules (IN2P3). Si la part des femmes est très faible à l'INSMI (15,3 %), c'est cependant le seul institut où la proportion est la même chez les CR et les DR. « À contrario, lit-on dans le livret Parité, l'avantage masculin à la promotion reste prononcé à l'INSB et à l'INSHS ».

Le cheminement de carrière des femmes ingénieures (AI, IE et IR) apparaît tout aussi laborieux que celui des chercheuses. Alors que le taux de féminisation global des ingénieurs est évalué à 44 %, celui des ingénieur-e-s de recherche est de 30,6 %, soit un pourcentage encore plus faible que celui des chercheurs. Les femmes représentent 34 % des IR2 (ingénieur-e-s de recherche 2ème classe) mais seulement 20 % des IRHC (ingénieur-e-s de recherche hors classe). En revanche, les femmes représentent près de 47 % des grades IE2 comme IE1 (ingénieur-e-s d'études 2ème échelon) mais plus de 56 % des IEHC (ingénieur-e-s d'études hors classe), signe d'une difficulté d'accès aux corps des IR. Cette situation mériterait clairement de « lancer un plan d'action adapté » à cette population d'ingénieures, estime Anne Pépin qui souhaite l'inscrire dans les priorités de la Mission l'an prochain.

 

Une comparaison en faveur du CNRS

Autre élément susceptible de donner un coup d'accélérateur à la mixité : la loi Sauvadet exige notamment que les jurys de concours comportent au moins 40 % de femmes à partir de 2015. Les organismes et universités ont donc deux ans pour se mettre en conformité avec la loi, dont les décrets d'application ne sont toutefois pas encore tous parus à ce jour.

Les femmes sont également minoritaires dans les fonctions à responsabilité. Si la parité est presqu'atteinte au sommet des directions fonctionnelles (47 % de femmes), les directions d'institut sont très peu féminisées (deux sur 10), les directrices de laboratoires très minoritaires (18 %). Toutefois, si l'on ne considère que les directions de laboratoires occupées par des personnels CNRS, le taux remonte à 32 %.

Cette dernière donnée montre que le CNRS, bien que loin encore de l'objectif de la parité, n'a pas à rougir de son bilan dans ce domaine face aux autres institutions d'enseignement supérieur et de recherche.

Le plafond de verre est en effet encore plus marqué dans les universités (42,4 % de femmes maîtres de conférence mais 22,6 % chez les professeures en 2011). La comparaison entre l'INSB du CNRS et l'INSERM joue en revanche en notre défaveur (50 % de femmes CR et 31 % de femmes DR à l'INSB, 54 % et 39 % de femmes DR et CR, respectivement, à l'INSERM). En revanche, la comparaison entre l'INRIA (17 % de femmes CR, 14,5 % de femmes DR) et l'INS2I (23,6 % contre 21 %) tourne à l'avantage du CNRS. Les données collectées au niveau national n'offrent pas cependant une vision complète et comparative de la situation des femmes dans l'ensemble de la communauté scientifique. Un groupe de travail, initié par le Comité pour l'égalité dans l'enseignement supérieur et la recherche (COMEGAL) du ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche, dont fait partie le CNRS, a commencé à s'y atteler cette année.

 

Le Comité National de la recherche scientifique se féminise

Alors que la population des chercheur-e-s compte 32,5 % de femmes, le Comité National se distingue par une proportion plus forte de femmes parmi ses membres (36 %), tout comme le Conseil scientifique du CNRS. Mieux : le nouveau Comité National, dont les quelque 860 membres des 41 sections ont entamé leur mandat de quatre ans (2012-2016) en septembre, affiche un taux de féminisation de plus de 41 %, grâce notamment à la proportion de femmes parmi les membres nommés qui atteint et même dépasse la parité (51 %). Résultat : pratiquement toutes les sections, à quelques exceptions près, affichent une proportion de femmes supérieure au taux de féminisation dans la population des chercheur-e-s des disciplines qu'elles représentent.

 

Le grand écart des rémunérations

Sans surprise, les disparités observées entre femmes et hommes en terme de carrière se traduisent dans les rémunérations. Ainsi, en 2011, les rémunérations moyennes, primes incluses, s'élèvent à 2 999 € pour les femmes et 3 629 € pour les hommes, en très légère hausse par rapport à l'an passé. Non seulement les hommes perçoivent un traitement indiciaire plus élevé, mais leur positionnement hiérarchique leur permet également d'accéder à des primes plus élevées.

« Les écarts de traitements moyens sont contrastés en fonction des corps : maximum pour les IR et les DR (signe de l'occupation fréquente par les femmes des grades moins élevés dans ces corps), moindres dans les corps d'IE et d'AI, et même positifs pour les CR, signe que les femmes " plafonnent ". », lit-on dans le livret Parité.

Enfin, et bien que ce taux soit en augmentation par rapport à 2010, la Mission pour la place des femmes observe que seulement 23,3 % des personnes percevant la prime d'excellence scientifique (PES) sont des femmes alors que celles-ci représentent 32,5 % de la population des chercheur-e-s.

 

 

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